Faiences Henriot Quimper : petite histoire d’un savoir-faire breton d’exception

Les faïences Henriot Quimper désignent une production céramique née dans le quartier de Locmaria, à Quimper, où des ateliers tournent sans interruption depuis le début du XVIIIe siècle. Leur particularité tient à un décor entièrement peint à la main, sur émail cru, selon une technique dite au grand feu de faïence qui fixe les couleurs en une seule cuisson à haute température.

Technique du grand feu : ce qui distingue la faïence de Quimper d’une céramique ordinaire

La plupart des céramiques décoratives actuelles reçoivent un décor par transfert ou par tampon, puis une cuisson de fixation à basse température. La faïence de Quimper suit un chemin inverse. Le peintre applique ses pigments directement sur l’émail encore poudreux, avant cuisson. Le geste est irréversible : toute erreur de pinceau reste visible dans la pièce finie.

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Ce procédé impose une maîtrise du tracé comparable à celle de l’aquarelle. Les couleurs, à base d’oxydes métalliques, ne révèlent leur teinte définitive qu’après passage au four. Le bleu de cobalt, le jaune d’antimoine et le rouge de fer constituent la palette traditionnelle. Le peintre travaille donc en aveugle chromatique, en se fiant à son expérience pour anticiper le rendu final.

Cette contrainte explique la régularité stylistique des décors quimpérois. Les motifs se transmettent d’atelier en atelier, non par reproduction mécanique, mais par apprentissage gestuel. Un peintre formé à la manufacture Henriot reproduit le fameux petit Breton avec des variations subtiles qui signent chaque pièce comme un original.

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Collection de faïences Henriot Quimper peintes à la main avec motifs bretons traditionnels sur table en chêne

De Bousquet à Henriot : les fusions qui ont façonné la manufacture de Quimper

L’histoire des faïenceries de Quimper ne commence pas avec Henriot. Le pipier Jean-Baptiste Bousquet s’installe à Locmaria à la fin du XVIIe siècle. Son fils Pierre ouvre la première faïencerie en 1708. L’argile arrive alors par bateau depuis Bordeaux et Rouen, tandis que les forêts environnantes fournissent le combustible pour les fours.

Au début du XIXe siècle, deux manufactures coexistent : la Grande Maison de la Hubaudière (qui deviendra HB) et la maison Éloury, en pleine expansion. Au XXe siècle, trois entités dominent la production quimpéroise :

  • La Grande Maison de la Hubaudière, identifiée par le sigle HB, héritière directe de la lignée Bousquet
  • La manufacture Porquier, puis Porquier-Beau (AP/PB), connue pour ses décors naturalistes et ses collaborations artistiques
  • La manufacture Henriot (HR), qui finira par absorber les deux autres au fil des décennies

C’est vers 1860 qu’apparaît le motif du petit Breton, figure naïve en costume traditionnel qui deviendra l’emblème de la faïence quimpéroise. Les signatures apposées au dos des pièces ont évolué au gré de ces fusions. Chaque sigle, chaque graphie permet aujourd’hui de dater une pièce avec une précision raisonnable.

Signatures Henriot Quimper : lire le dos d’une pièce pour la dater

La faïencerie Henriot Quimper a déposé de nombreuses signatures au cours de son histoire. Ce marquage constitue le premier outil d’identification pour les collectionneurs et les brocanteurs. La graphie, la couleur de l’encre, la présence ou l’absence du prénom du peintre, le format du cartouche : chaque détail oriente la datation.

Une pièce portant la simple mention « HR » en bleu renvoie à une période différente d’une pièce signée « Henriot Quimper » en toutes lettres. Les pièces les plus anciennes, antérieures aux fusions, portent parfois des marques aujourd’hui disparues. Identifier la signature permet d’estimer l’époque de production et, par extension, la rareté relative de la pièce.

Pour les amateurs de patrimoine breton qui souhaitent intégrer ces pièces dans un intérieur, cette lecture du dos est aussi utile qu’un certificat d’authenticité. Elle distingue une production Henriot originale d’une imitation ou d’une pièce touristique contemporaine.

Façade en granit de la boutique Faïences Henriot Quimper avec devanture de céramiques bretonnes à Quimper

Faïence Henriot Quimper et marché de l’art breton : une reconnaissance patrimoniale récente

Les faïences Henriot Quimper ont longtemps été perçues comme de l’artisanat souvenir, un joli bol à prénom rapporté de vacances en Bretagne. Cette perception change. Des ventes aux enchères spécialisées en art breton positionnent désormais certaines pièces Henriot comme des objets de collection à part entière.

Une vente intitulée « L’Âme bretonne » a mis en avant une faïence polychrome Henriot Quimper représentant les « Trois Amies de Plougastel », datée vers 1930, qualifiée de pièce rare par la maison de ventes. Ce type de reconnaissance place la production Henriot au même niveau que d’autres arts décoratifs régionaux français.

Le bol breton lui-même connaît un regain symbolique. Depuis mai 2026, des bols bretons fabriqués à la main sont vendus dans une boutique associée à la présidence de la République. L’intention affichée : que le bol breton reste un art populaire accessible à tous. Cette présence dans un lieu institutionnel illustre la double nature de la faïence quimpéroise, à la fois populaire et patrimoniale.

Reconnaître une faïence Henriot Quimper authentique : les critères concrets

Distinguer une pièce Henriot d’une reproduction demande de croiser plusieurs indices. Aucun critère isolé ne suffit.

  • La signature au dos : vérifier la graphie, la couleur et le positionnement du marquage par rapport aux signatures documentées de la manufacture
  • Le relief du décor : sur une pièce peinte à la main, le trait présente de légères irrégularités d’épaisseur visibles à la lumière rasante
  • La palette chromatique : les oxydes traditionnels (cobalt, antimoine, fer) donnent des teintes spécifiques que les peintures industrielles ne reproduisent pas exactement
  • L’émail : un émail de grand feu présente parfois de micro-craquelures liées au vieillissement, différentes des craquelures artificielles

Ces éléments ne remplacent pas l’avis d’un spécialiste, mais ils permettent d’écarter rapidement les pièces manifestement récentes ou industrielles.

La faïencerie Henriot Quimper continue de produire place Bérardier à Quimper, où les ateliers restent ouverts à la visite. Le geste du peintre sur émail cru, transmis depuis trois siècles dans le quartier de Locmaria, fait de chaque pièce un objet dont la valeur tient autant au procédé qu’au décor.

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